Sept kilomètres. C’est la distance qui sépare Saint-Sulpice de son antenne. C’est à Mauzac, le long de l’A64 menant vers le sud du département, que le projet a pris forme en 2025. Le complexe sportif borde un vaste champ de colza éclatant de jaune. Autour, on retrouve des courts de tennis ainsi qu’un gymnase abritant des vestiaires récemment rénovés. À quelques mètres de là, les amateurs de pétanque profitent eux aussi des installations.
Au bord du terrain, Jean-Baptiste Garcia, père de Jade (minimette) et Salomé (cadette), se réjouit de cette antenne, notamment dans un contexte où les frais de déplacement augmentent. « Nous sommes seulement à cinq kilomètres du club, donc c’est bien plus pratique d’avoir une structure à proximité, explique-t-il. Et puis, ayant moi-même joué au rugby, je suis très heureux qu’elles aient choisi ce sport, même si je ne les ai jamais influencées dans ce sens. Quand je vois l’investissement du club pour les féminines, malgré la concurrence des grands clubs professionnels voisins, je suis fier de ce qu’ils accomplissent et des résultats obtenus. »
Côté organisation, les entraînements ont lieu principalement les mercredis et vendredis soir, toujours dans une ambiance conviviale. Sur place, les seniors féminines, les cadettes et les minimettes se succèdent au fil des séances, avec parfois des échanges entre catégories afin de préparer la relève. Car cette antenne de Mauzac leur est avant tout destinée. Un véritable point de rassemblement. D’ailleurs, au début de la saison, toutes y ont participé à un stage de rentrée rythmé par des activités, des jeux et des repas partagés.
Clémence Bonno, deuxième ligne chez les cadettes, apprécie le confort de la proximité : « Nous avons deux entraînements par semaine, puis les matchs de championnat le week-end. Alors pouvoir jouer au rugby uniquement entre copines, à seulement dix minutes de chez moi, c’est génial, surtout après avoir récupéré ce terrain laissé vacant par le football. Peu importe les catégories d’âge, on s’entend toutes très bien. Entre nous, il y a énormément de respect et d’entraide. »
Chronomètre autour du cou et sifflet prêt à retentir, Hervé Rey veille sur les séances avec la même passion qu’au premier jour. Entraîneur investi, il est aussi le grand-père d’Ella, joueuse chez les séniors, et de Thomas, joueur en équipe première et entraîneur des cadettes. Il a repris l’encadrement des jeunes au moment où sa petite-fille a découvert le rugby. « Ces antennes sont une excellente initiative pour favoriser le développement du rugby. Avec la baisse progressive du nombre de pratiquants, liée à la diversité des activités proposées aujourd’hui mais aussi à la place grandissante des écrans, il est essentiel de soutenir toutes les démarches positives. Et je suis heureux pour ces filles, motivées et impliquées. Elles disposent désormais d’un terrain supplémentaire. »
Durant les vacances scolaires, le site accueille également des stages ouverts aussi bien aux garçons qu’aux filles. Une manière de poursuivre le travail de transmission et de formation tout au long de l’année. La création d’une antenne permet avant tout de renforcer le maillage territorial, tout en offrant une solution de proximité supplémentaire aux clubs déjà implantés, dans un contexte où les infrastructures deviennent de plus en plus précieuses face à des conditions climatiques parfois contraignantes.
« Nous sommes satisfaits de cette antenne et du partenariat avec la mairie de Mauzac, pour qui la création d’un club de rugby aurait représenté une charge trop importante », explique Pierre Sardella, président de l’Union Sportive Saint-Sulpicienne. Le dirigeant souligne également l’intérêt logistique du projet : « Cela permet aussi de désengorger les installations de Saint-Sulpice ainsi que notre stade Gaston-Sauret, qui commençaient à être fortement sollicités. À l’avenir, nous espérons développer ce type d’initiative dans d’autres communes où le rugby n’est pas encore implanté. »
Pensées avant tout comme des lieux de découverte et d’entraînement, ces antennes n’ont pas vocation à accueillir des compétitions officielles. Leur mise en place s’en trouve donc largement facilitée : l’homologation du terrain ne nécessite pas les mêmes contraintes réglementaires qu’un stade classique, qu’il s’agisse de l’installation de poteaux homologués, d’une main courante ou encore d’un traçage répondant à des normes très précises.
Sur le terrain, l’essentiel reste de pouvoir courir, se faire des passes et plaquer. C’est précisément l’objectif de l’installation mise en place à Mauzac, avec une classification de type E. La municipalité s’est pleinement investie dans le projet, notamment à travers la rénovation de l’éclairage et des vestiaires. Un club de football voisin avait d’ailleurs étudié la possibilité d’utiliser cet équipement, une fois les démarches engagées par le rugby finalisées. Finalement, le projet ne s’est pas concrétisé pour le ballon rond, laissant au rugby l’opportunité de développer pleinement cette nouvelle structure.
En plus de l’aide de 1 500 euros attribuée à chaque antenne créée, le club a pu compter sur plusieurs soutiens, essentiellement sous forme de matériel et d’équipements. La Ligue, notamment à travers des dotations complètes du dispositif Rugby pour Elles, la région Occitanie ainsi que plusieurs partenaires privés séduits par l’initiative ont accompagné le projet dans son développement. Un enthousiasme partagé par Sacha Dumas ; première ligne chez les minimettes, la jeune joueuse a découvert le rugby grâce à cette antenne : « J’y joue depuis la saison dernière et j’habite ici, à Mauzac, sourit-elle. Je peux venir à pied. Cela m’a aussi permis de me faire des copines. »
Mais au-delà de la recherche de ce terrain servant d’antenne et de la mise en place des équipes qui en bénéficient, il est également nécessaire de s’appuyer sur un réseau solide de bénévoles, d’encadrants et d’éducateurs. Les Vert et Rouge peuvent compter sur certains de leurs joueurs séniors pour assurer l’entraînement, ainsi que sur des profils plus rares, à l’image de Pierre Rouquié, entraîneur des minimettes (M15).
Il témoigne : « C’est intéressant de voir les effectifs s’étoffer pour pouvoir travailler dans de meilleures conditions, confie-t-il. On dispose d’un groupe homogène, sérieux et agréable. On accueille volontiers les débutantes qui s’intègrent très bien. C’est aussi appréciable de venir ici, à Mauzac, où il n’y avait pas de rugby auparavant. Depuis, même s’il reste encore des cages de foot sur le terrain, cela ne nous empêche pas de proposer de bons entraînements, d’autant qu’une partie des installations a été aménagée. En tant qu’éducateurs, on a toujours besoin de terrains et de bénévoles ! »
Ancien joueur de Saint-Sulpice, Didier Gasc occupe aujourd’hui le poste de manager général de la section féminine, dans le sillage de sa fille Mélissa, devenue entraîneure des cadettes après avoir porté elle-même les couleurs du club. Installé à seulement trois kilomètres du terrain de Mauzac, il mesure pleinement l’intérêt de cette nouvelle structure. « En hiver, dès qu’il pleut, ce terrain représente un véritable atout, d’autant qu’aucun des clubs de la section ne dispose d’un terrain synthétique », souligne-t-il. Un équipement précieux qui permet au club de maintenir son activité dans de meilleures conditions tout au long de la saison.
Un constat partagé par Mélissa Gasc, qui voit dans cette antenne un véritable levier de progression pour les jeunes joueuses. « Disposer d’un terrain supplémentaire pour ces filles qui ont soif d’apprendre et cherchent à se dépasser est une vraie chance. Nous avons surtout accueilli de nouvelles joueuses dans la catégorie minimes. Et lorsque les autres terrains deviennent impraticables en hiver, celui de Mauzac reste utilisable. Nos entraînements ne sont donc pas annulés. » Une continuité essentielle pour fidéliser les effectifs et accompagner leur progression.
Cette dynamique collective se retrouve également en dehors du terrain. Nombre de joueuses sont amies et fréquentent les mêmes établissements scolaires, ce qui limite fortement les départs d’une saison à l’autre et renforce l’envie de poursuivre l’aventure ensemble. Dans cette même volonté de faire vivre le rugby au-delà du seul cadre du club, l’antenne a déjà permis de développer des actions en milieu scolaire, un axe de travail appelé à se renforcer dans les prochaines années afin de continuer à faire rayonner la discipline sur le territoire.