Ancien arbitre international, Mathieu Raynal dirige aujourd’hui la cellule de haute performance de l’arbitrage mise en place par la Fédération française de rugby et la Ligue nationale de rugby. Ce programme vise à renforcer la professionnalisation de l’arbitrage et à hisser les officiels au plus haut niveau d’exigence et de performance. Dans cette dynamique, sa cellule a relancé un dispositif d’échanges d’arbitres internationaux mis en place au début des années 2010. « Il y a un an et demi, nous avons d’abord renoué ces échanges avec des pays du Tier 1 comme le Japon, l’Irlande, l’Écosse ou encore l’Italie, afin de permettre à des arbitres étrangers d’être exposés en France et, inversement, d’offrir aux arbitres français de nouvelles expériences à l’international. »
Un dispositif qui se veut bénéfique pour tous. Les arbitres français partent ainsi forger leur expérience internationale dans d’autres championnats et inversement. « Des habitudes durables s’installent, souligne Mathieu Raynal. Par exemple, cela fait désormais deux années de suite que le match Leinster-Munster en United Rugby Championship est confié à un arbitre français. Actuellement, Ludovic Cayre officie au Japon en Japan Rugby League One, tandis que nous accueillons Katsuki Furuse pour arbitrer en Top 14. »
Niveau logistique, tout est mis en place pour accueillir dans les meilleures conditions les officiels des quatre coins du monde, surtout quand ces derniers arrivent seuls pour plusieurs semaines. « Quand vous arrivez seul dans un pays, ce n’est parfois pas évident », explique Florence Gihr, chargée de mission pour la gestion des compétitions et des enceintes sportives à la FFR. Pour chacun des arrivants, elle mobilise l’arbitre de champ ou l’arbitre adjoint qui va être avec lui pour l’accompagner dès son arrivée.
La FFR fait en sorte de l’installer au cœur de la ville où il va officier,« pour qu’il s’imprègne de l’ambiance rugby des veilles et jours de match », ajoute celle qui travaille conjointement avec la cellule de Mathieu Raynal sur la partie logistique de ces échanges, ce qui englobe l’organisation et l’accueil de ces arbitres internationaux. C’est dans ces conditions que le jeune arbitre japonais Katsuki Furuse, âgé de 23 ans, a par exemple pu séjourner dans l’historique quartier toulousain du Capitole, en marge de son match de Top 14 en tant qu’arbitre assistant lors de l’affiche Stade toulousain-Union Bordeaux Bègles en octobre dernier.
Renforcer l’influence internationale fait partie des orientations majeures de la FFR. Dans cette logique, le développement d’un véritable réseau de coopération internationale, notamment autour de l’arbitrage, un secteur central du jeu, s’inscrit pleinement dans cette stratégie. La FFR est aujourd’hui la seule fédération à ouvrir ses championnats dans une logique d’accompagnement et de développement avec d’autres nations. « Si vous voulez construire des relations solides avec les autres pays, il faut aussi savoir les accompagner », souligne Mathieu Raynal.
Il développe :« Nous avons la chance d’évoluer dans un pays où le rugby est particulièrement structuré et puissant, avec un championnat de très haut niveau et un modèle économique solide. C’est aussi ce qui rend la France attractive pour des arbitres étrangers, qui viennent y officier pour se confronter à l’intensité et à l’exigence de compétitions comme le Top 14. »Plusieurs exemples récents, comme les invitations à arbitrer en Top 14 des arbitres Nika Amashukeli (Géorgie) et Damian Schneider (Argentine), viennent démontrer un souhait de donner des opportunités à tous les pays demandeurs, surtout à de talentueux arbitres du circuit mondial qui ne demandent qu’à gagner en expérience.
Comme l’arbitre géorgien Nika Amashukeli : « Nous sommes le seul pays à ouvrir les portes de notre championnat professionnel à Nika, souligne Mathieu Raynal, alors qu’il fait pourtant partie des meilleurs arbitres du monde. […] Pour Damian Schneider, il faut aussi rappeler qu’il a déjà dirigé des matchs de niveau Tier 1 et officié dans le 6 Nations. Il pourrait très bien arbitrer une Rugby World Cup, et pourtant le Super Rugby ne le sollicite pas : aujourd’hui, aucun arbitre argentin n’y officie. »
Trois points d’adaptation sont à intégrer pour chaque arbitre international qui officie en Pro D2 et Top 14 : la défense sur maul, l’introduction en mêlée et le carton orange. Des spécificités qui ne posent aucun problème. « Ils sont très intéressés par la manière dont nous arbitrons certaines phases de jeu, notamment la défense des mauls, explique Mathieu Raynal. Nous sommes par exemple les seuls au monde à gérer les introductions en mêlée de cette façon, afin de rétablir davantage d’équité dans cette phase. Ce sont des approches qui pourraient d’ailleurs inspirer l’arbitrage au niveau international. Les arbitres étrangers apprécient la clarté de ces repères, ce qui rend ensuite leur adaptation assez naturelle. »
Même si des débats existent, notamment avec des pays de l’hémisphère Sud, Mathieu Raynal rappelle que ces points ne concernent pas les règles de notre jeu. Avec des discussions plutôt portées sur le temps de jeu effectif, et sur la philosophie vers laquelle le rugby doit s’orienter : « Florian Grill l’a très bien dit, notre rugby, c’est un sport inclusif, insiste-t-il. Nous voulons que le combat collectif, la mêlée, la touche, le maul soient préservés pour permettre à tous les profils et tous les gabarits de pouvoir s’exprimer dans notre sport. »
Il doit être le reflet de notre monde professionnel, « et le reflet des matchs que nous voyons en amateur en termes d’accessibilité et d’ouverture », poursuit Florence Gihr. Elle insiste sur l’apport de ces échanges pour les autres acteurs de la pelouse, les joueurs. Elle souligne un modèle vertueux, surtout dans le championnat de Pro D2 ou pour des jeunes débutants en Top 14 qui découvrent un arbitrage non francophone qui a ses spécificités.
Florence Gihr rappelle que certains joueurs qui ne jouent pas la Coupe d’Europe ou en sélection n’ont pas l’habitude d’être arbitrés en anglais :« C’est une très bonne expérience pour eux, pour les faire évoluer, face à des officiels qui certes appliquent le règlement, mais qui ont une vision du jeu qui n’est pas toujours la même que nos arbitres français. »
Au-delà de ce dispositif gagnant-gagnant entre les championnats français et les autres compétitions internationales, pour les arbitres comme pour les joueurs se dessine aussi une véritable dynamique de coopération. À l’enrichissement des expériences et des compétences s’ajoute ainsi une dimension diplomatique entre fédérations. Les prochaines années devraient confirmer la pertinence de cette initiative portée par la Fédération française de rugby et la Ligue nationale de rugby : construire des liens durables avec les nations de l’Ovalie et contribuer, collectivement, à l’évolution positive de la qualité de l’arbitrage.