

Chaque année, World Rugby réunit les grandes nations du ballon ovale lors du « Shape of the Game », un forum stratégique destiné à imaginer les évolutions du rugby de demain. Arbitrage, règles, rythme du jeu : tout y est discuté dans un sport en perpétuelle mutation. Dans ce contexte, la France ne compte pas rester spectatrice. Présents à Londres, les représentants tricolores sont venus avec une ligne claire : participer activement aux débats, sans renier l’identité du rugby français.
Dans la continuité de cette rencontre internationale, la Fédération Française de Rugby a souhaité aller plus loin en organisant son propre temps d’échange, un « Shape of the Game à la française », le 13 mars à Marcoussis. Autour de la table : la FFR, la Ligue Nationale de Rugby, les clubs, les arbitres, les diffuseurs et la direction technique nationale. Une mobilisation large, à l’image de l’enjeu.
Pour Florian Grill, président de la FFR, l’objectif est clair : structurer une réflexion collective pour mieux s’imposer sur la scène internationale. « L’idée était de réunir tous les acteurs du rugby français – entraîneurs, arbitres, dirigeants – pour construire une vision commune et être force de proposition. Si la France veut un jour être championne du monde, elle doit être performante sportivement et économiquement, mais aussi capable de contribuer positivement aux réflexions menées par World Rugby », explique-t-il.
Un point de vue partagé par Yann Roubert, président de la LNR, qui insiste sur la nécessité de faire entendre une voix française unie : « Cette initiative permet de porter une vision française du jeu, non pas en opposition, mais comme une contribution constructive. On a une approche solide, réfléchie, et on doit être capable de peser dans le bon sens pour l’avenir du rugby », souligne-t-il.
Car derrière ces échanges se cache un enjeu majeur : préserver l’équilibre du modèle français, souvent cité en exemple. « On veut défendre ce modèle, avec une équipe de France performante et un championnat extrêmement compétitif. La France est un acteur majeur de l’économie du rugby et doit aussi l’être dans l’évolution des règles », insiste Florian Grill
Face à certaines expérimentations venues d’autres territoires, notamment du Super Rugby ou des États-Unis, la vigilance est de mise. « Certaines nations poussent des évolutions qui modifient l’orientation du jeu. Même si notre modèle fonctionne bien, on doit réfléchir et s’impliquer pour peser dans les décisions à l’échelle mondiale », analyse Mathieu Raynal, Manager secteur professionnel des arbitres professionnels.
Cette réflexion collective repose sur un atout majeur : l’unité du rugby français. À Marcoussis, 28 clubs professionnels sur 30 étaient représentés, aux côtés de nombreux acteurs du jeu. « La voix de la France est d’autant plus forte quand elle est unie. Elle doit être positive, constructive mais aussi ferme », rappelle Yann Roubert avant d’ajouter : « Le rugby est un sport unique où tous les profils ont leur place. Les phases de conquête, de combat, font partie de son ADN et on veut absolument les préserver ».
Un constat partagé par Mathieu Raynal : « Cette unité est reconnue à l’international. C’est essentiel de continuer à la cultiver. Réunir tous les acteurs permet de dégager des consensus et de proposer des évolutions cohérentes pour l’avenir du jeu ».
Si la France ne ferme pas la porte aux évolutions, elle fixe une ligne rouge : ne pas dénaturer le rugby. « Bien sûr que l’on veut un jeu plus attractif, plus rythmé, agréable à regarder. Mais il doit rester fidèle à ses principes fondamentaux », explique Olivier Lièvremont, Directeur Technique National. Des arguments repris par Florian Grill, « Augmenter le temps de jeu effectif est une bonne chose, mais pas au détriment des fondamentaux qui font l’identité du rugby ».
La France avance avec une conviction forte : faire évoluer le rugby sans perdre son âme. Une ligne de conduite assumée, avec l’ambition de peser durablement dans les choix qui façonneront le jeu de demain












