

Dans le programme Générations Bleues qui structure le parcours d’accès au haut niveau des jeunes pépites de France, le stage Élite Jeunes a, depuis ses débuts en 2022, une importance aussi légitime qu’incontournable. Pour cet opus 2026, le cadre de ce rassemblement n’a pas changé : Fréjus, le Var, la Méditerranée, le soleil, le vent et les mimosas en fleur qui enchantent le regard. Un certain parfum printanier bien avant l’heure enrobe cette manifestation rugbystique de grande ampleur qui consacre des jeunes rugbymen et women âgé(e)s de 15 à 17 ans dans leur quête des sommets.
Pour orchestrer ce rassemblement national, près de 300 joueurs et 150 encadrants se sont réunis du 9 au 17 février 2026 à Fréjus. Les délégations étaient réparties entre le Village Club IGESA de Fréjus Destremau, qui accueillait les M16 et M17, et le Domaine de l’Esterel Garrigae, situé au cœur du golf, pour les M18 garçons et filles. Chaque jour, un ballet continu d’autocars permettait aux onze équipes constituées de rejoindre la Base nature François Léotard, en bord de mer, véritable centre névralgique des entraînements et des oppositions de la semaine.
Là, les terrains, naturels et synthétiques, sont pris d’assaut. La salle de musculation, non loin, aussi. Entraînements intenses, oppositions, musculation, ateliers divers, entretiens individuels, récupération, alimentation, scolarité et repos, le programme est copieux. Les objectifs ? Former au Projet Bleu pour les bizuts, détecter, développer et aussi renforcer le lien entre les coachs des clubs présents et les responsables fédéraux.
La plupart des rassemblements nationaux des équipes de France se déroulent habituellement au CNR de Marcoussis où les compétences sont sur place, où l’on fait venir les jeunes, les moins jeunes et les équipes de France. Ici, les rôles s’inversent. Le service organisation, la filière d’accès au haut niveau jeune, le service juridique, la préparation mentale et l’accompagnement des staffs (PMAS) ou la Direction des systèmes d’information (DSI), entre autres, s’y succèdent en mode délocalisation ou décentralisation.
La journée débute par un atelier consacré à l’échauffement de haut niveau : apprendre les bons gestes, les étirements adaptés et, surtout, le bon moment pour les réaliser. Un peu plus tard, joueurs et staff se réunissent autour des entraîneurs pour analyser une séance à haute intensité ou préparer le prochain match. En fin de journée, les entretiens individuels s’enchaînent, pendant que les analystes vidéo et les responsables data compilent et traitent les images issues des caméras, des drones et des GPS.
Les espaces de restauration sont rapidement pleins et fonctionnent selon un protocole strict, établi par le diététicien. Même la qualité des terrains de la Base nature François Léotard, qui accueille les équipes à Port Fréjus, est le fruit d’un travail conjoint avec les services techniques de la mairie et Alexandre Serveau, spécialiste reconnu des surfaces de jeu à la Fédération française de rugby, au Centre national de rugby. Plusieurs élus fédéraux se déplacent également pour superviser le dispositif et partager leur expertise, à l’image de Nathalie Janvier et de Jordan Roux. Ce dernier, vice-président en charge des territoires et de la filière jeune, se félicite de voir un tel niveau de compétences et de moyens mis au service de ces talents identifiés pour l’avenir.
Alice de Robillard, responsable du Département gouvernance et intégrité au service juridique de la Fédération, est, elle, présente sur toute la durée de ce rassemblement, en compagnie de Marion Bernardin, Esteban Pereira et Nikita Sydorenko. « Ces jeunes ne sont pas une population avec laquelle nous, juristes, avons l’habitude d’intervenir, assure-t-elle. Pour autant, les sujets des luttes contre le dopage ou la violence sont des problématiques, certes périphériques mais importantes, que l’on se doit de leur présenter et répéter. »
Le dispositif va même jusqu’à proposer un escape game ou des ateliers de théâtre d’improvisation pour capter l’attention de ce jeune public. Sur les terrains, Emmanuel Guiraud, responsable du suivi des joueurs du centre de formation de l’USA Perpignan et entraîneur des M18, notamment pour les avants et la défense, découvre cette saison l’Élite Jeunes. « C’est très bénéfique pour les garçons d’être accompagnés dans la durée, comme le met en place la Fédération française de rugby, souligne-t-il. Le fait que de nombreuses strates de la Fédération soient réunies ici donne encore plus de sens et de valeur à ce projet fédéral. La complémentarité entre les projets des clubs et celui de la Fédération est une vraie richesse. »
Autre thématique de plus en plus prégnante, la préparation mentale. Responsable du pôle de préparation mentale et de l’accompagnement des staffs (PMAS) de l’équipe de France, Mickaël Campo supervise les préparateurs mentaux : « Que ce soit dans les contenus proposés à nos élites de demain ou dans l’identification de celles et ceux qui constitueront les futurs PMAS de nos équipes de France, tout s’inscrit dans une logique de plan de succession. L’enjeu est aussi de renforcer, progressivement, l’acculturation de l’ensemble des staffs techniques des équipes de France. »
Le numérique occupe lui aussi une place centrale, avec l’application Génération Bleue, devenue un outil de référence pour suivre le parcours, l’évolution et les performances de cette nouvelle génération. Pendant quelques jours, Rémi Witkowski et ses équipes se déplacent spécialement pour accompagner les staffs et les joueurs, expliquer la philosophie de l’outil, en partager les bonnes pratiques et en rappeler les usages essentiels. Objectif : faire de l’application un véritable support de suivi et de travail au quotidien, au service de la formation et de la performance.
Les écrans, toujours dans la poche mais discrets, maintiennent le lien avec les proches quand les groupes WhatsApp du rassemblement rappellent les plannings ou les lancements de jeu. Les téléphones se transforment aussi en outils pour rechercher des infos ou compiler des écrits lors de certaines réunions.
Le temps scolaire n’est pas mis de côté, bien au contraire. En seconde, première ou terminale, ces élèves ont quotidiennement un temps consacré, voire imposé à leurs études. Des salles de vie, en plus des chambres, permettent de travailler leur deuxième projet et ne jamais lâcher de vue les études. « Les élèves sont quasiment tous en Académie ou sport-études, précise Grégoire Benoist, responsable de la filière d’accès au haut niveau. Ils sont déjà très autonomes. »
Bénéficiant pour la plupart du statut de joueur de haut niveau, ceux qui ne sont pas en congés scolaires ont aussi reçu une convocation fédérale officielle. « Les relations fortes de la FFR avec l’Éducation nationale, assure Grégoire Benoist, et les différentes structures d’accueil des jeunes durant la saison permettent de vivre de la meilleure des manières ce grand événement. »
Cette saison, parmi les nouveautés, l’équipe italienne des moins de 18 ans a été conviée lors de ce stage. En plus de relations renforcées avec le rugby transalpin, les bienfaits sportifs sont évidents. Nos voisins tricolores partagent les installations mais pas les entraînements à haute intensité. En revanche, une opposition aux faux airs de rencontre internationale agrémente le tout vers la fin de séjour des M18. « Tout est parti d’échanges avec des élus et avec Cédric Laborde, manager de France M20, lors du Festival des 6 Nations organisé à Vichy la saison dernière, explique Grégoire Benoist. À cette occasion, nous avons proposé à l’ensemble des nations présentes de rejoindre l’Élite Jeunes. L’Italie s’est rapidement positionnée, tandis que d’autres fédérations, comme l’Écosse, l’Espagne ou le pays de Galles, envisagent une participation à partir de 2027. La portée d’Élite Jeunes se fait désormais sentir à l’international, où plusieurs nations souhaitent à la fois s’inspirer du dispositif et échanger autour de nos méthodes de travail. »
Au programme pour les Bleuets, deux confrontations, en milieu et fin de rassemblement, avec pour idée d’élever le niveau de jeu, avec deux mi-temps contre l’Italie et une troisième France-France. « On retient surtout les contenus, explique Pierre Auboeuf, manager de l’équipe (bleue A) M18 et responsable du Pôle Espoir Rugby Dijon le reste de la saison. Affronter l’Italie a clairement transcendé nos jeunes. En face, c’était une vraie sélection transalpine. Il y avait déjà le parfum d’un match international, presque d’une présélection. On a vraiment créé quelque chose. »
Si le vent et cette nouveauté ont un peu biaisé le second choc, les jeunes Coqs perdent le premier acte 5-0 avant de remporter le second 42-7. Timéo Gillouin-Lemaire, demi de mêlée et capitaine, retient toutefois le gain d’expérience : « C’est bien pour tout le monde de se confronter plus rapidement dans notre parcours à d’autres nations. Cela fait monter les attentes à chaque poste avec une bonne source de progression. La motivation est décuplée. » Lors de cette dernière confrontation au stade Chevalier, qui jouxte celui de la Bocca, quelques visages connus, souvent pères de, se pressent en tribunes. Les Garbajosa, Martin ou Chaffardon démontrent encore combien le rugby reste un sport de filiation.
Après le coup de sifflet final de ce France-Italie M18 non officiel, Edoardo Vallerini, l’un des trois-quarts de cette Squadra azzurra, revient sur un match qu’il considère comme très solide : « C’était aussi un challenge pour nous afin de progresser car le niveau proposé par les Français était plus relevé que celui de notre championnat en Italie. Aussi, s’entraîner durement en France durant ce stage a permis de progresser. »
Tout juste majeur, Antoine Vilpoux, l’un des arbitres à diriger l’une des trois confrontations franco-italiennes ou franco-françaises, rappelle la complexité qui réside dans les échanges : « On parle avec les capitaines, les joueurs et les staffs en anglais, pour mieux nous préparer au niveau international, souffle-t-il. C’est très motivant pour la suite. » D’autant que chaque arbitre est affecté à une équipe avec laquelle il travaille quotidiennement la règle. Il intervient également lors des entraînements et matchs.
Une fois cette immersion au cœur des exigences du haut niveau terminée, les prochaines étapes pour ces générations se dessinent autour de moments collectifs tout aussi essentiels. Elles comprendront notamment un débriefing approfondi, suivi d’un comité de sélection en vue du Festival des 6 Nations prévu en avril, toujours à Vichy. Cet événement constituera un autre temps fort pour ces jeunes talents, réunissant les meilleurs joueurs et joueuses du pays et leur offrant une nouvelle occasion de se mesurer à l’exigence et au rythme du haut niveau.
Lancé en 2022 par la FFR, le programme Générations Bleues vise à structurer et rendre lisible l’ensemble du parcours d’accès au haut niveau. Il s’articule autour de quatre grandes étapes complémentaires :