thumbnail

Fédération à missions  : Deux de cœur

Être Acteur
Atteint de diabète, Nathaël a pourtant fait le choix du rugby. Son club bourguignon, ses coéquipiers et ses encadrants ont appris de cette maladie en accueillant le jeune rugbyman l’été dernier avec sa chienne Thésée, dressée à déceler le diabète. Elle est aussi devenue la mascotte de l’équipe.



On rembobine, en avril 2022, la saison de l’entrée en CP, les parents de Nathaël Grespi, à peine âgé de 6 ans, mettent enfin des mots sur des maux  : diabète de type 1. Cette maladie chronique, dont on ne guérit jamais, caractérisée par la présence d’un excès de sucre dans le sang appelé hyperglycémie, touche l’un de leurs deux fils. Après la dureté de l’annonce, il y a enfin la compréhension des fatigues, des changements de comportement et de caractère, la pneumonie, les six litres d’eau par jour ingérés ou une perte de poids qui s’enchaînent depuis des mois.

Tout un protocole, plutôt lourd pour l’enfant et ses parents, se met en place pour cette maladie qui touche 25 000 personnes en France et en augmentation annuelle de 4 % dans l’Hexagone. Le changement des cathéters et les vérifications de l’apport d’insuline deviennent quotidiens. Malgré tout, plutôt que de ruminer cette nouvelle qui change sa vie et qui lui vole une part d’insouciance, Nathaël a préféré s’ouvrir au rugby plutôt que de se replier sur lui-même ou de laisser place à la colère. Pour ses parents, ce choix s’imposait naturellement, les valeurs de ce sport étant en accord avec les leurs.

Aujourd’hui âgé de 11 ans, Nathaël a donc commencé le rugby en M8. Il évolue actuellement en M12 quand son grand frère Timothé joue aujourd’hui en M19. La section M12 s’entraîne le mardi soir et le samedi matin, sauf si tournoi à la place. Lors des plateaux du week-end, les équipes adverses sont informées de la maladie de Nathaël. Lui ne s’en sert jamais comme excuse et préfère aller de l’avant, sur le terrain comme dans la vie  : « J’aime le rugby parce que je joue avec mes copains et copines. Ils comprennent ma maladie. Ce que je préfère, ce sont les plaquages et les passes, comme Antoine Dupont. »

2024 est un tournant pour la famille qui découvre et se rapproche de l’association ACADIA qui dresse des chiens dont l’odorat est 200 000 fois plus développé que celui de l’homme pour déceler une hypo ou une hyperglycémie. Après un stage d’une dizaine de jours, la famille accueille la jeune chienne Thésée à l’été 2025. Depuis, c’est une émouvante complicité entre les deux. En réponse aux détections et à l’amour de l’animal, le petit garçon, qui évolue en première ligne, lui rend caresses, attention, jeux, brossage et promenade du soir. « J’adore Thésée, c’est mon premier animal. »

Une maladie comprise de tous

Présidente du club l’USCVL Rugby à Venarey-Les-Laumes, alias Les Petits Gaulois, mais également coordinatrice de l’école de rugby du MNV, rassemblement de trois clubs où évoluent ses fils Julian (M12) et Ronan (M14), Elodie Fricou se souvient quand la maman de Nathaël avait magnifiquement expliqué la maladie aux jeunes coéquipiers de son fils  : « Elle avait fait la comparaison avec un véhicule ayant besoin de recharger les batteries ou refaire le plein d’essence comme son enfant avec le sucre. »

À partir de là, les enfants avaient eu un autre regard selon la présidente  : « À l’image du club, ils sont même devenus protecteurs. Je suis heureuse de voir que le rugby ne met personne à l’écart et qu’il accueille chacun sans distinction. » Pour Nicolas Collard, joueur à Montbard et éducateur en M12, il était logique de suivre cette génération saison après saison.

Alors que son épouse est éducatrice M6-M8 et que l’une de ses filles, Faustine, évolue en M10, son autre fille, Ninon, joue aux côtés de Nathaël. « Pour un enfant, ce n’était pas facile de comprendre pourquoi son coéquipier ne se sentait pas bien ou s’arrêtait, rappelle Nicolas Collard. Avant qu’il y ait Thésée à ses côtés, il lui fallait son capteur et le téléphone qui devait bien reconnaître si son taux dégringolait très vite. Nathaël avait tendance à ne rien dire et aller au bout de ses efforts, jusqu’à parfois tomber. C’est là que nous avons pris le parti d’expliquer à tout le monde. »

Pour Alexandra Grespi, maman de Nathaël, ce qui arrive à son fils doit profiter à tous  : « Que d’autres enfants soient confrontés à Nathaël et son diabète est aussi formateur. Ça permet de mieux accepter l’autre avec ses différences. » Aujourd’hui, avec près de 30 minutes d’avance sur la pompe que porte l’enfant en permanence et détectant le manque ou l’excès de sucre, la chienne de trois ans et demi, avec sa tenue officielle de travail verte, sait exactement la carence et évite l’hypoglycémie.

Elle la signale avec un coup de museau (un poke) sur la mère ou l’enfant. Ce dernier peut alors demander à quitter ses partenaires un temps. La chienne sait également appuyer sur un bouton de téléalarme, apporter une trousse de secours ou aller chercher de l’aide. Mais ce n’est pas n’importe où et avec n’importe quel sport que cette belle histoire a pu s’écrire.

À quelques charges de l’historique site d’Alésia en Bourgogne, l’école de rugby du MNV reprend les initiales des trois clubs des villes qui la composent à savoir Montbard, Nuits-sur-Armançon et Venarey-les-Laumes, séparés d’un peu plus d’une trentaine de kilomètres. Ce sont ainsi près de 90 enfants qui défendent aujourd’hui fièrement ses couleurs. Toutes les catégories sont représentées, des baby rugby jusqu’aux M14, avec 100 % de bénévoles.

Le rôle de l’inclusion

Située à la frontière de l’Yonne et de la Côte-d’Or, cette école de rugby à part joue sur les deux tableaux des deux Comités départementaux. Aussi, pour tourner entre les trois villages de l’entente, les entraînements ou plateaux se font à tour de rôle sur les trois sites. Évidemment, les plannings et groupes WhatsApp sont largement usités. Les moyens humains et financiers, eux, manquent. Ainsi, la quasi-totalité d’un budget avoisinant les 25 000 € est allouée aux frais de déplacement.

Mais dans ce milieu rural, l’inclusion fonctionne bien. Aux premiers pas de Nathaël dans le rugby, le MNV, en plus de l’accueillir comme il se doit, s’est mobilisé sur les réseaux sociaux avec une marche solidaire mais aussi un geste financier afin de soutenir la famille dans sa quête de ce chien détecteur de diabète. Un autre enfant d’une famille n’ayant pas de papiers en France a aussi été intégré par la balle ovale sur la route de la citoyenneté.

Une histoire résume l’état d’esprit du club  : un jour, des jeunes de Nuits-sur-Armançon avaient vandalisé l’Algeco servant de local au club de rugby. Les dirigeants les ont retrouvés et, plutôt que de les sanctionner, ont choisi le dialogue. Ensemble, ils ont réparé les dégâts et transformé le local en véritable club-house. Quelques-uns de ces jeunes ont même décidé de rejoindre le club et de se mettre au rugby.

Au rayon infrastructures, après des poteaux neufs ou des bancs, le prochain projet espéré concerne un éclairage digne de ce nom pour l’un des stades. Côté sportif, les ambitions sont également là  : « La saison dernière, s’émeut l’ultra dynamique présidente Elodie Fricou, nous avons eu le bonheur d’être champions de Franche-Comté en jeu à X pour nos M14. Il s’agissait d’une belle récompense pour ces jeunes déjà présents au club en M6 avec leur éducateur Mickaël Cohen, qui est un ami et qui est, depuis, devenu le président de… Nuits-sur-Armançon, l’un des clubs du MNV. »

D’ailleurs, cela a aussi ému son papa, Joël Cohen, qui a tant donné pour le rugby ici et qui, encore à plus de 70 ans, est l’entraîneur des M14 ; il va chercher les enfants jusqu’à leur domicile pour les faire jouer. Pour le passage vers les M16 et catégories au-dessus jusqu’aux séniors, le RC Montbard Auxois est le club pilote. « On se trouve dans un bassin où le rugby n’est pas une religion comme dans le Sud », rappelle Nicolas Collard.

Mais pour lui, ce groupement du MNV est devenu une force.« On essaie d’emmener le plus d’enfants possible au rugby. Chez nous, tout le monde joue, quel que soit son niveau. Avec ma petite famille, dès qu’il y a un événement d’organisé, on essaie de donner un coup de main. Ayant deux filles, je me souviens des débuts où elles ne disposaient pas de vestiaires ou de moyens de jouer. »

À l’instar de ce qui a été fait pour le rugby féminin, ici et ailleurs, le rugby grandit et s’ouvre. « Chacun peut y trouver sa place et apporter sa petite pierre à l’édifice, continue le père de Faustine et Ninon. Dans la société dans laquelle nous vivons, ne pas être jugés car on pratique tous le même sport, c’est une belle parenthèse. »

Nathaël, accompagné de sa chienne Thésée, de son frère et de ses parents, savoure pleinement l’expérience du rugby, qui leur permet d’oublier un instant la maladie. « On avait apprécié combien le club du MNV, où l’ambiance est chouette, nous avait soutenus pour faire connaître ACADIA, ou celui de Montbard qui avait reversé une partie de sa recette à l’association, se souvient la mère. C’est aussi une belle histoire entre nos fils, le rugby et ce club. »

Les hellénistes rappelleront que le nom de Thésée signifie « fondateur » et incarne l’idée d’institution et de loi. Héros mythologique, il est surtout connu pour avoir vaincu le Minotaure. Dès lors, difficile de trouver nom plus juste pour la chienne qui, à sa manière, accompagne chaque jour Nathaël, passionné de rugby, dans son combat contre la maladie.

MNV RUGBY

  • École de rugby des 3 clubs du RCMA (Montbard), de l’ASN (Nuits-sur-Armançon), de l’USCVL Rugby (Venarey-les-Laumes)
  • Coordinatrice  : Elodie Fricou
  • Nombre de licenciés  : 91
  • Contact  : edr.mnvrugby@gmail.com

Partagez cet article

Avatar de La Rédaction

La Rédaction

02/01/2026