Fédération à missions : Diamant de Martinique
Ce samedi matin, tout le monde s’active au stade Armand-Ribier, à cinq minutes à pied du marché du Diamant, des flots bleus caribéens du lieu-dit et de sa célèbre plage du même nom. Pour éviter la chaleur, les dirigeants ont donné rendez-vous très tôt à nombre de leurs bénévoles pour entretenir l’enceinte sportive avant la reprise de la saison.
Pendant que certains réparent, entretiennent ou repeignent le club-house, d’autres s’activent à la remise en état de l’aire de jeu. Si la mairie aide à l’entretien, ce sont les joueurs qui aujourd’hui tracent les lignes et coupent l’herbe là où il y en a encore. Le club-house a, lui, été totalement édifié il y a quelques années par les fondateurs et bénévoles du club. Tout un symbole. Agir pour soi et son environnement semble une seconde nature ici.
Parmi la dizaine de clubs que compte cette île de 1 128 km², le Rugby Club du Diamant Martinique, alias le Diamant ou RCDM, fait briller l’Ovalie dans le sud-ouest de ce terroir depuis les années 2000. Avec des voisins cardinaux comme l’Amérique du Sud, Cuba ou la Guadeloupe, la Martinique connaît la richesse des éléments qui l’entourent, la nourrissent.
Être écoresponsable est tout naturel, comme l’explique Richard Bellemare, ancien joueur et dirigeant, aujourd’hui président d’un club dont il a participé à la création : « Pour nous, c’est naturel d’être écologique et de former nos enfants à protéger leur commune, leur territoire et donc notre île, car on en ressent directement les conséquences. C’est tout à fait normal pour nous qu’un club participe de la sorte aux efforts collectifs et enseigne aussi les bons gestes. »
L’action de nettoyage de la nature via l’opération nommée « Pays propre » est ainsi menée en partenariat avec Martinique Environnement (spécialisée dans la dépollution) et l’Office national des forêts (ONF). Cette collaboration y est déjà vieille d’une décennie, ce qui en dit long sur la conscience écologique. Deux fois par an (souvent novembre et avril), avec l’aide d’une cinquantaine de bénévoles, des jeunes de l’école de rugby et des parents, chacun y va de son nettoyage d’une bande du littoral ou d’endroits de la commune. « C’est la volonté des dirigeants du club de placer ce genre d’action au même niveau que nos performances sportives », assure Jean-Pierre Dulac, secrétaire général et homme à tout faire.
Pour les dirigeants du RCDM, « ces gestes font partie des choses importantes de la vie de tous les jours qu’il est essentiel d’enseigner aux enfants. À chaque début de saison, on explique aux parents que nous sommes un club de rugby, que l’on défend telles et telles valeurs et que l’on sera intransigeants là-dessus. Cela ne les effraie pas. Au contraire ! D’autant qu’on vit sur une île où l’on est peut-être davantage assujettis au climat, à la nature et à leur respect ».
En amont, les dirigeants repèrent la zone à nettoyer pour qu’elle soit accessible, pour l’une aux plus petits, et pour l’autre à tous les autres. L’action se déroule de bon matin, lors d’une demi-journée qui déborde sur un pique-nique en commun. Le tout se fait en équipe pour aussi resserrer les liens entre les générations. Un partenaire met à disposition gants, T-shirts, casquettes et tout le matériel nécessaire pour la collecte puis le tri.
Un lien fort éducation-écologie
Au stade Ribier, le tri des déchets est aussi une évidence avec des bacs spécifiques, ainsi que les gestes du quotidien avec la récupération des eaux de pluie ou des panneaux solaires pour obtenir de l’eau chaude. Il est même question de mettre en place une solution de panneaux solaires supplémentaires afin de produire sa propre énergie. Lors des entraînements, le rangement des installations et autres plots ou ballons est automatiquement fait par les gosses.
Au moment du goûter, on leur rappelle comment bien trier les déchets des goûters offerts par le club. Un geste et un lien fort éducation-écologie. « On leur explique certaines valeurs et gestes de notre temps, analyse Didier Mainfroy, entraîneur des M15 et responsable de l’école de rugby aux côtés de Lionel Lecomte. Voir le visage heureux des enfants est ce qui nous rend le plus fiers. Une maman me disait récemment combien ce sport a libéré sa fille, qui est de plus en plus épanouie. C’est le sens de notre engagement, du temps donné. »
D’ailleurs, même en ce jour de nettoyage et de remise en état du club, certains enfants sont présents, pendant que les « grands » transpirent sous le soleil des Caraïbes. Certains courent sur le terrain, d’autres jouent à des jeux de leur âge ou discutent paisiblement sur le joug de mêlée.
Ils accompagnent leur père ou leur oncle qui s’activent actuellement au sein du club-house. Karcher, éponges, rouleaux de peinture, tout le monde s’échine pour rendre ce lieu de vie le plus agréable possible. L’arbitre du club, Jean-Baptiste Chavoillon, participe activement : « C’est important de participer à la vie du club, il faut être là dans ces moments fondateurs dans un club», dit-il en frottant activement un tableau.
Toujours dans une volonté de transition écologique, les installations du stade sont aussi toutes passées à l’éclairage LED depuis la rentrée. « Qu’on soit né ou pas en Martinique, argue Anne-Claire Chabalier, dite Nanou, capitaine des séniors féminines et éducatrice en EDR, on ressent tous les besoins de préserver la nature qui nous entoure, garder la mangrove propre et sauvegarder notre île. Les petits de l’EDR sont marqués et conscients des gestes et actions écologiques. Ils vont continuer dans ce sens tout au long de leur vie. »
Les partenaires du RCDM sont d’ailleurs sensibles à ces actions et valeurs que l’administratif du club tente aussi de récompenser avec des demandes d’aides auprès de différentes collectivités et organismes. D’autres concernent évidemment le sportif, essentiel à tout club. Les Bleu et Blanc sont parvenus à embaucher deux salariés et toutes les sections d’âge sont représentées cette saison. Preuve de la très bonne santé de l’école de rugby de cette entité d’un territoire ultramarin, c’est pas moins d’une quarantaine d’éléments baby rugby qui étaient accueillis en cette rentrée 2025-2026.
D’ailleurs, au Diamant, les licenciés ovales dépassent en nombre ceux du ballon rond. « La Martinique dispose d’une population avec des fibres très athlétiques, insiste Anne-Claire Chabalier. Le rugby y a ainsi un grand avenir malgré la présence historique de l’athlétisme et du foot. Peu à peu, avec un peu plus de communication, les gens ont le réflexe rugby ici. » Si les hommes sont les récents champions de Martinique, les féminines, elles, conservent cet honneur depuis quatre ans.
Former des joueurs et des citoyens
Faisant partie d’Antilles-Guyane, la Martinique est aussi une région pilote depuis septembre pour une nouvelle classification des catégories d’âge et repasser en années impaires. Cela demande certaines réorganisations. En parallèle, le développement du rugby féminin est aussi une source de motivation, notamment reconnue par le label Club Engagé. En secret, on espère bientôt se rapprocher des 25 % d’effectif filles jouant avec les garçons.
« On insiste beaucoup sur la formation, rugbystique et humaine, garantit le président Richard Bellemare. Notre difficulté repose surtout sur notre situation géographique. Nous sommes éloignés de la Guyane et de la Guadeloupe avec des coûts de transport élevés pour espérer disputer des matches contre leurs équipes. » Le club, champion de Martinique sénior, hommes et femmes, doit aller disputer le championnat Antilles-Guyane à Cayenne au printemps avec un billet d’avion à 600 € et un budget de club avoisinant les 90 000 €.
Le RCDM doit donc faire avec des contraintes financières serrées, avec près de 50 % de ce budget consacré aux déplacements chaque saison. Malgré ces contraintes, le club offre au moins un déplacement par exercice à chaque section de son école de rugby pour disputer une compétition en prenant l’avion comme des pros. « Les enfants de l’EDR sont un peu nos enfants, tant on veille sur eux, concède Didier Mainfroy. Ce club est familial avec des valeurs de partage et de cohésion. »
Il précise : « On n’a pas vocation à fabriquer des champions mais juste à faire aimer le rugby et un peu progresser. Notre philosophie est d’aider ces enfants à prendre du plaisir et à devenir de bons citoyens par la suite tant le manque de respect est néfaste pour notre société. On veut leur transmettre des valeurs fortes et les parents adhèrent. » À travers ces résultats et actions du quotidien, ce sont aussi des citoyens et citoyennes de demain que le RCDM forme. Pour le bien du Diamant, de la Martinique et du rugby.
RC DU DIAMANT MARTINIQUE
- 4 lot O Mullane, 97 223 Le Diamant
- Président : Richard Bellemare
- Nombre de licenciés : 240
- Contacts : dulac.jp@orange.fr