Depuis le lancement d’Élite Jeunes dans le Var en 2022, le service juridique de la FFR accompagne les meilleurs joueurs et joueuses des catégories M16, M17 et M18 dans le développement de leurs compétences et de leur responsabilité de sportifs. Sur site, les juristes Alice de Robillard, Marion Bernardin, Esteban Pereira et Nikita Sydorenko interviennent autour de deux axes majeurs : la prévention des violences et du harcèlement, et la lutte contre le dopage et les conduites addictives.
Durant les neuf jours de ce rassemblement qui réunit pas loin de 400 personnes, des ateliers sont présentés matin et soir sur les deux camps de base des délégations. « Avec ce public, les formats classiques et les PowerPoint ne suffisent plus, explique Alice de Robillard, responsable juridique gouvernance et intégrité à la FFR. Nous avons fait le choix de dispositifs plus interactifs, conçus pour surprendre, capter l’attention et provoquer l’échange, parfois avec l’appui direct de leurs managers. Pour que les messages s’ancrent durablement, ils doivent être répétés et abordés sous des angles différents, afin de toucher chaque jeune de manière adaptée. »
Un pari réussi pour le service juridique, pourtant moins habitué que les équipes événementielles ou communication à intervenir devant un public aussi nombreux et aussi jeune. Une démarche saluée dans le milieu sportif lorsqu’arrive le sujet du dopage et des addictions. « Les futurs rugbymen de haut niveau doivent garder en tête que leur corps est leur principal outil, rappelle Laurent Giry, chef de projet M16 et manager PPF Sud-Est. À ces futurs champions d’apprendre à tout gérer, et à utiliser pleinement les ressources mises à leur disposition par la Fédération. En matière d’accompagnement, tout est réuni pour performer. »
Toujours dans le cadre de la thématique de la lutte contre le dopage et les addictions, l’un des premiers points d’entrée n’est autre qu’un escape game, un jeu participatif qui parle aux jeunes où il est question de résoudre des énigmes pour sortir d’un univers. Dans la grande pièce avec scène et écran géant du village vacances IGESA, les juristes ont caché, çà et là, des indices sous forme de cartes permettant de répondre à des questions. Les pseudo-enquêteurs doivent se mettre à la place de membres de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Idéal pour susciter l’intérêt des jeunes, tout en apprenant et en s’amusant. Surtout au moment de la sieste.
Dans la foulée, un quiz interactif s’affiche sur écran géant pour tester leurs connaissances – droits et devoirs, procédures de contrôle, produits interdits – via un QR code et les téléphones des jeunes joueurs. Un rappel concret du cadre réglementaire, avec un message clair : un contrôle positif peut entraîner jusqu’à quatre ans de suspension. Pour la majorité, encore jamais confrontée à un test antidopage, une vidéo pédagogique détaille ensuite le déroulement complet d’un contrôle, de l’arrivée au stade jusqu’à l’accompagnement aux sanitaires. Un éclairage utile et formateur pour anticiper les exigences du haut niveau.

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Mais aussi pour les arbitres qui pourraient y être confrontés, de près ou de loin, dans les couloirs de vestiaires. « Cette sensibilisation est importante, signale Pierre Musset, référé M18 originaire d’Oyonnax. C’est bien de pouvoir y participer aux côtés des joueurs. » Un peu plus tard, c’est carrément une pièce de théâtre qui est mise en scène afin de sensibiliser à toutes les formes de violences ! Comme la saison dernière, déjà, sur le bizutage. « On voulait sensibiliser ces jeunes sur toutes les formes de violences, dont les sexistes et sexuelles, qui ont pu exister dans le rugby, appuie Alice de Robillard. Ces problématiques dépassent souvent ces jeunes qui sont avant tout là pour jouer au rugby. »
Ces thématiques occupent une place essentielle dans leur parcours. « À leur âge, le théâtre s’est imposé comme un format particulièrement pertinent, souligne Alice de Robillard. Cette troupe est en parfaite résonance avec nos sujets et avec l’univers du rugby. » Avec la compagnie Synergies théâtre, quatre comédiens (Ophélie, Fabio, Maylan et Amar), grimés en joueurs et en coachs, mettent en scène des situations très proches du quotidien des jeunes rugbymen et rugbywomen. Après chaque scène, un échange s’engage avec la salle ; et pour stimuler la participation, certains sont invités à monter sur scène afin de proposer, en situation, une autre manière d’agir face au problème posé.
Gaëtan, Gaston, Yosemi ou Jules vont se révéler être bons acteurs et avoir des principes forts face aux violences. « Vous ne pouvez pas parler comme ça à des femmes », s’emporte même l’un. Avec les féminines, cette sorte de théâtre d’impro va jouer les prolongations pendant près de 30 minutes tant il passionne. « Pour tout ce qui touche au sport, explique le comédien Amar Djenadou, on a une pièce qui traite de la prévention du sexisme et des violences, dont sexuelles. L’histoire qui colle au rugby rend le sujet humain, vivant et réaliste. »
L’ensemble des membres de la communauté sportive doivent ainsi être sensibilisés. « C’était une première avec le rugby nous concernant, ajouteAmar Djenadou, et cela a plutôt bien réagi ! Des séances très riches où les jeunes se sont bien identifiés, créant de la réflexion et améliorant leur posture dans le rugby et dans le monde. » Tout y passe lors de cette séquence marquante pour les jeunes : le sexisme, les religions, l’image ou l’estime de soi, les différences physiques, les harcèlements. À son issue, un rappel de la loi est effectué, en plus de questions-réponses. « Le violeur est évidemment responsable de ses actes, insiste le comédien. Mais le collectif et l’environnement autour qui le passent sous silence, le normalisent voire en rigolent sont tout aussi responsables. »
Au terme d’une heure et demie de représentation, l’adhésion est totale, à l’image de Guillaume Didey, joueur M18 du Stade français : « Cette approche positive nous permet de rester connectés à la réalité et de ne pas vivre dans notre bulle. Et je n’ai pas été surpris par le talent d’acteur de mes coéquipiers », glisse-t-il avec le sourire. Un message clair ressort de ces échanges et de ces mises en situation : sur le terrain comme en dehors, personne n’est au-dessus des règles ni des lois. À travers ce format immersif et participatif, le service juridique de la FFR est parvenu à sensibiliser avec justesse, en alliant impact pédagogique et proximité avec le vécu des jeunes joueurs et joueuses.