
Olivier Lièvremont : « Former des leaders bien au-delà du terrain »
Fédération
Directeur Technique National de la FFR, Olivier Lièvremont décrypte les enjeux du stage de développement du leadership réunissant les leaders des équipes de France jeunes, à XV et à 7, filles et garçons, au service du projet Bleu.
Ce stage de développement du leadership rassemble des leaders des équipes de France jeunes, à XV et à 7, chez les filles comme chez les garçons. En quoi est-ce un moment important dans la saison ?
Chaque moment de rassemblement de la filière est important. Que ce soit les élites jeunes, les stages Projet Bleu, les Mercredis Bleus, les sélections ou ce type de stage, ce sont toujours des moments qui marquent les joueurs, les joueuses et aussi les arbitres. On réunit les meilleurs à un instant donné de l’année, avec les staffs, et il se passe quelque chose. Il y a du partage d’expériences, de nouvelles situations vécues ensemble, des liens qui se créent. Pour eux, c’est un véritable événement dans la saison. Et qui dit événement dit forcément un petit “choc”, quelque chose qui vient bousculer, déclencher des mécanismes, provoquer des réflexions qui vont leur permettre de continuer à se développer.
Le plus important, finalement, ce n’est pas seulement ce qui se passe pendant le stage, mais surtout ce que ça génère après, ce que ça provoque comme cheminement quand ils retournent dans leur club ou dans leur quotidien.
Le plus important, finalement, ce n’est pas seulement ce qui se passe pendant le stage, mais surtout ce que ça génère après, ce que ça provoque comme cheminement quand ils retournent dans leur club ou dans leur quotidien.
Sur ces trois jours, il y a volontairement peu de rugby sur le terrain. C’est un choix assumé ?
Oui, complètement. Bien sûr, pour former un joueur, une joueuse ou un arbitre, il faut du temps terrain. Mais il y a aussi énormément de temps hors terrain. Ce qu’on appelle, dans le jargon de la performance, l’“entraînement invisible” fait pleinement partie de l’apprentissage.
Sur ce type de stage, il y a beaucoup de temps de discussion et de réflexion. La collation, par exemple, sert presque plus à nourrir le cerveau qu’à nourrir le corps. Le cerveau travaille énormément dans ces moments-là. On a parfois l’impression que former un joueur de rugby, c’est uniquement s’entraîner sur le terrain, alors qu’en réalité, il y a énormément d’autres temps qui sont essentiels.
Les échanges entre jeunes leaders, garçons et filles, à XV et à 7, sont extrêmement riches. On ne prend quasiment jamais le temps, en dehors de ces moments-là, de les mettre en petits groupes pour réfléchir ensemble. Le fait de mélanger les pratiques et les profils rend ces échanges encore plus intéressants.
Sur ce type de stage, il y a beaucoup de temps de discussion et de réflexion. La collation, par exemple, sert presque plus à nourrir le cerveau qu’à nourrir le corps. Le cerveau travaille énormément dans ces moments-là. On a parfois l’impression que former un joueur de rugby, c’est uniquement s’entraîner sur le terrain, alors qu’en réalité, il y a énormément d’autres temps qui sont essentiels.
Les échanges entre jeunes leaders, garçons et filles, à XV et à 7, sont extrêmement riches. On ne prend quasiment jamais le temps, en dehors de ces moments-là, de les mettre en petits groupes pour réfléchir ensemble. Le fait de mélanger les pratiques et les profils rend ces échanges encore plus intéressants.

Former les leaders des équipes de France de demain
Depuis cinq ans, la FFR organise un stage de développement du leadership réunissant des joueuses, joueurs et arbitres à fort potentiel des équipes de…
C’est aussi l’occasion, pour les staffs, de voir leurs leaders dans un autre contexte, notamment lorsqu’ils prennent la parole.
Oui, même si ce n’est pas un stage d’évaluation. Habituellement, en sélection, il y a toujours une décision finale : garder ou non un joueur, une joueuse. C’est la logique du haut niveau.
Ici, on est plutôt dans une logique de connaissance mutuelle, pour mieux accompagner. Pour les staffs, c’est très intéressant de voir les jeunes dans un autre contexte, de comprendre comment ils fonctionnent, comment ils interagissent, quels sont leurs points de confort ou leurs zones de difficulté.
Le mot d’ordre du stage, c’est vraiment : comment créer les conditions pour que les gens se parlent, se connaissent mieux et construisent des relations. On questionne les processus liés à la relation à l’autre : quel est l’effet du groupe sur moi ? Quel effet est-ce que j’ai sur le groupe ? Tout ça est très riche, autant pour les jeunes que pour les encadrants.
Ici, on est plutôt dans une logique de connaissance mutuelle, pour mieux accompagner. Pour les staffs, c’est très intéressant de voir les jeunes dans un autre contexte, de comprendre comment ils fonctionnent, comment ils interagissent, quels sont leurs points de confort ou leurs zones de difficulté.
Le mot d’ordre du stage, c’est vraiment : comment créer les conditions pour que les gens se parlent, se connaissent mieux et construisent des relations. On questionne les processus liés à la relation à l’autre : quel est l’effet du groupe sur moi ? Quel effet est-ce que j’ai sur le groupe ? Tout ça est très riche, autant pour les jeunes que pour les encadrants.
Construire la relation manager–leader en dehors d’un contexte de sélection ou de compétition, c’est aussi un enjeu fort ?
Clairement, c’est un vrai plus dans le projet des équipes de France et du Projet Bleu : vivre des moments en dehors de la compétition, en dehors du terrain, dans des moments de vie.
Avec Jérôme Daret, on parlait de la “machine à café”. Je trouve que l’image est très parlante. C’est exactement ça : prendre le temps de parler d’autre chose que de rugby, d’exprimer ce qu’on ressent, de partager comment on vit certaines situations.
Il y a eu des échanges passionnants sur le rôle du capitaine, la préparation des réunions de leaders, la question de la mascotte, par exemple. Ce sont des sujets qu’on n’aborde pas forcément en période de compétition, parce que ce sont aussi des moments de doute. Or, en compétition, on applique les processus, on avance. Là, on peut faire un pas de côté et prendre le temps de réfléchir.
Avec Jérôme Daret, on parlait de la “machine à café”. Je trouve que l’image est très parlante. C’est exactement ça : prendre le temps de parler d’autre chose que de rugby, d’exprimer ce qu’on ressent, de partager comment on vit certaines situations.
Il y a eu des échanges passionnants sur le rôle du capitaine, la préparation des réunions de leaders, la question de la mascotte, par exemple. Ce sont des sujets qu’on n’aborde pas forcément en période de compétition, parce que ce sont aussi des moments de doute. Or, en compétition, on applique les processus, on avance. Là, on peut faire un pas de côté et prendre le temps de réfléchir.
Il y a aussi des interventions extérieures. On a l’impression que vous leur donnez beaucoup de ressources, presque comme une bibliothèque dans laquelle ils peuvent piocher.
J’aime bien l’image d’avoir “une tête de vieux dans un corps de jeune”. L’idée, c’est d’apporter un maximum d’expérience, même quand on est jeune. On a une chance incroyable à la Fédération Française de Rugby : on dispose de l’héritage de toutes les Coupes du monde, des Jeux olympiques, des Tournois des Six Nations, du rugby à 7… Si on arrive à capitaliser sur cet héritage, à le transmettre aux nouveaux staffs, aux nouveaux sélectionneurs, aux nouveaux joueurs et joueuses, c’est une richesse énorme.
On ne réinvente pas la connaissance tous les jours. Il y a l’expérience de ceux qui ont vécu ces grands événements, mais aussi l’apport scientifique et théorique. Il existe des chercheurs, des spécialistes des sciences humaines qui travaillent sur ces sujets. C’est essentiel de s’appuyer sur ces bases solides pour éclairer nos pratiques et éviter de partir à côté des concepts.
On ne réinvente pas la connaissance tous les jours. Il y a l’expérience de ceux qui ont vécu ces grands événements, mais aussi l’apport scientifique et théorique. Il existe des chercheurs, des spécialistes des sciences humaines qui travaillent sur ces sujets. C’est essentiel de s’appuyer sur ces bases solides pour éclairer nos pratiques et éviter de partir à côté des concepts.
Pour finir, qu’aimeriez-vous que les stagiaires retiennent de ce stage ?
Un stage est réussi si le stagiaire repart avec la sensation d’avoir découvert un nouveau monde. Celui de la construction du leadership, et surtout de son propre leadership. S’il prend conscience qu’il existe de nombreux champs à explorer, que le leadership n’est pas figé. Je ne parle pas forcément de devenir le futur leader de l’équipe de France, même si ce serait formidable. Mais plutôt de se dire : je peux devenir une autre personne à l’intérieur des groupes dans lesquels j’évolue. En rentrant dans mon club, qui est-ce que je veux être dans ce groupe-là ? Quels sont les mécanismes relationnels en jeu ?
L’objectif, c’est d’éveiller les jeunes à ces questions. De repartir peut-être avec plus de questions que de réponses toutes faites, mais avec des pistes, des clés de réflexion. Comme sur l’atelier media training : ça questionne, ça ouvre des portes, et c’est exactement ce que l’on recherche.
L’objectif, c’est d’éveiller les jeunes à ces questions. De repartir peut-être avec plus de questions que de réponses toutes faites, mais avec des pistes, des clés de réflexion. Comme sur l’atelier media training : ça questionne, ça ouvre des portes, et c’est exactement ce que l’on recherche.

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