À travers l’opération Club Rugby Passion, la FFR met en lumière les clubs qui incarnent le mieux les valeurs d’hospitalité, de sportivité et de convivialité, tout en rendant un hommage appuyé aux bénévoles de l’ombre. Porté par les votes des clubs eux-mêmes, ce dispositif national récompense chaque saison celles et ceux qui font, au quotidien, l’accueil et l’esprit rugby sur tous les terrains fédéraux.
Depuis plus de 25 ans, le principe est immuable : les clubs s’évaluent entre eux pour distinguer les plus accueillants, selon trois critères – qualité du réceptif, esprit sportif et accueil des visiteurs. À chaque niveau de compétition, les meilleurs sont récompensés et deux bénévoles de l’accueil sont mis à l’honneur. « Tant de personnes donnent énormément, il est naturel de leur rendre hommage », souligne Fatiha Hamra, chargée de mission bénévolat à la FFR.
Nous avons rencontré ces clubs vainqueurs, comme les Valkyries Normandie, victorieuses en poule Élite 2 Féminine. Bénévole depuis plus de quatre ans, Maryse Leclerc s’occupe tantôt de la billetterie, de la boutique ou de l’une des équipes de joueuses : « C’est très agréable d’être récompensé par rapport à notre investissement temps, sourit-elle avant de préciser qu’il y a beaucoup de bonnes volontés dans son club. Même les enfants nous filent un coup de main gentiment parfois. »
Plus au sud, Hervé Destouesse, responsable de la commission sportive de l’US Mugron dans les Landes, est flatté d’une telle distinction pour son club récompensé dans la compétition Fédérale 2 : « C’est une belle reconnaissance pour nos bénévoles et leur engagement remarquable. Ce coup de projecteur favorise aussi les rencontres et les échanges. » Le club landais s’appuie aussi sur son réseau de producteurs locaux, notamment de canards gras et de foie gras, partenaires du club. Hervé Destouesse, producteur et partenaire, emploie même un joueur et s’investit bénévolement. « On est fiers de représenter les Landes et de faire vivre les valeurs d’accueil du rugby. Même si beaucoup d’autres clubs de France nous accueillent aussi très bien », ne manque-t-il pas de saluer.
À Bourgoin en Isère, Xavier et Cindy Orsaz, couple vainqueur de la catégorie Nationale et Nationale 2, consacrent la majeure partie de leur temps bénévole à l’encadrement sportif et administratif des M14 du CSBJ (où joue aussi leur fils Noah). « La saison dernière, le club a organisé une étape du Super Challenge au CSBJ et tout s’est très bien passé. Entre l’accueil des équipes et l’organisation des tournois, c’est une vraie satisfaction de voir le club et notre engagement ainsi reconnus, encore plus peut-être lorsque ce sont les autres clubs qui votent. »
En conclusion de cette journée des vainqueurs avec la remise des récompenses organisée le jour de France-Italie, l’US Mugron boucle cette édition 2025 du Club Rugby Passion en rapportant dans les Landes le trophée des trophées hautement symbolique, fruit du regard et des votes de ses pairs. Il succède ainsi au club de Niort Rugby, vainqueur de l’édition 2024. Un trophée de plus dans l’armoire du club, certes, mais surtout un trophée du quotidien, de l’engagement et de l’accueil, celui que l’on ne gagne ni sur un terrain ni au classement. À Mugron, comme partout chez les lauréats de cette opération, ce sont des femmes et des hommes de l’ombre qui donnent leur âme au club, au fil des week-ends, des tournois, des réceptions et des coups de balai tardifs. Mugron rappelle que la performance sportive n’a de sens que si elle s’accompagne d’un esprit rugby vivant, généreux et partagé, fidèle aux valeurs fondatrices d’hospitalité, de respect et de convivialité qui font, saison après saison, la force du rugby amateur.
En quelques saisons, les applications de messagerie ont profondément transformé la vie interne des clubs de rugby. WhatsApp, Messenger et d’autres se sont imposées comme des outils du quotidien, devenant de véritables tours de contrôle de l’organisation bénévole. Convocations, changements d’horaire, gestion des déplacements, rappels administratifs : tout circule désormais en temps réel, directement dans la poche des dirigeants.
« Avant, il fallait passer des coups de fil ou envoyer des mails que personne ne lisait. Aujourd’hui, en deux messages, tout le monde est au courant », résume Jean-Luc, dirigeant d’un club amateur en Occitanie. Même constat pour Sophie, secrétaire bénévole : « C’est un gain de temps énorme. On évite les oublis et on réagit beaucoup plus vite en cas d’imprévu. »
Ces outils ont aussi renforcé les liens humains. Les groupes créés facilitent les contacts entre dirigeants, éducateurs, parents et parfois joueurs, facilitant l’intégration des nouveaux bénévoles. « Quand quelqu’un arrive, il est tout de suite dans le groupe. Il comprend comment le club fonctionne, il se sent utile », témoigne Marc, responsable des bénévoles dans un club francilien.
Reste la vigilance : multiplication des groupes, messages tardifs, frontière floue entre engagement et vie personnelle. « Il faut apprendre à poser des règles, sinon ça ne s’arrête jamais », reconnaît Claire, trésorière.
Bien utilisées, les messageries instantanées incarnent une petite révolution silencieuse : plus de réactivité, plus de proximité et une organisation bénévole modernisée, au service de la vie des clubs.
Même si une large part agit autour du rugby à XV, les dirigeants bénévoles licenciés à la FFR sont engagés dans l’ensemble des pratiques. En février 2026, 76 076 dirigeants sont recensés. La répartition fait apparaître 30 071 dirigeants de club (DC4), 30 778 volontaires (VOL) et 15 227 personnels de santé et soigneurs. Parmi les clubs comptant le plus de dirigeants figurent le Stade Villeneuvois Lille Métropole, le Rugby Club Riomois, le Stade Poitevin Rugby, le RC Paris 15 et Rodez Rugby. Enfin, cette population reflète une forte diversité, avec 73 nationalités représentées, France comprise.
Les données FFR dressent un constat clair : la direction des clubs reste majoritairement portée par des profils expérimentés. L’âge moyen des dirigeants s’établit à 43,4 ans, avec des écarts selon les fonctions. Les dirigeants classés DC4 affichent l’âge moyen le plus élevé (46,1 ans), devant les volontaires (41,9 ans) et les SOI (40,8 ans). Un chiffre qui situe la génération Y à la lisière du pilotage des clubs, davantage présente que dominante.
Zéro bénévole, zéro club. La formule est brutale, mais elle dit l’essentiel. Sans ces femmes et ces hommes de l’ombre, aucun entraînement ne démarre à l’heure, aucun match ne se joue, aucune licence ne se prend. Le bénévolat est le moteur invisible du rugby amateur : dirigeants, éducateurs, soigneurs, chauffeurs, cuisiniers, responsables du matériel ou de la buvette. Tous donnent du temps pour faire vivre un collectif bien au-delà du terrain. Leur engagement assure l’accueil des jeunes, la transmission des valeurs, le lien social au cœur des territoires. Dans beaucoup de clubs, ils sont la mémoire, la stabilité et parfois la dernière digue face à la disparition. À l’heure où l’engagement se fait plus rare, le rugby le sait : sans bénévoles, il n’y a plus de club, plus de rugby, plus de vie locale. Mais la lettre Z c’est aussi Zeste ; un zeste, parfois invisible, mais essentiel. Celui qui transforme une structure en maison, un terrain en lieu de vie, un club en famille. Sans ce zeste d’âme, il ne reste que des maillots et des poteaux. Avec lui, le rugby continue de battre.