Pierre angulaire de notre rugby, du sommet de la pyramide à sa base, ainsi qu’à toutes les strates de chaque club, le bénévole est un indispensable. Un viatique. Certains se rendent tellement importants ou sont tant aimés qu’on n’hésite pas à leur donner des sobriquets, quand on n’affiche pas carrément leur photo ou ne baptise de leur nom un tournoi, une installation ou une buvette, une fois partis. Dans chaque club ou presque, on trouve un « Bébert », « Kéké », « Mado » ou autre « Jéjé » qui donne tant.
Au fil des années, des générations, des crises ou du changement des mœurs, le bénévole demeure la personne de l’association sans qui rien ne serait possible. Selon une récente étude de Preply, 23 % des Français de plus de 15 ans seraient engagés dans le bénévolat. Rien que pour la Bretagne, ce serait un Breton sur quatre qui donnerait ainsi de son temps. Pas étonnant que le rugby de ce coin de France ne cesse d’y être émergent tant il est entouré, choyé.
Ce capital humain, par nature difficilement quantifiable, est-il une ressource inépuisable ? Le bénévolat n’a-t-il pas traversé et ne traverse-t-il pas encore une période de fragilisation, accentuée par la crise sanitaire ? Dans de nombreux clubs, la carence oblige les bénévoles présents à parfois multiplier les missions. Face à cette réalité, de nouvelles organisations, plus structurées dans la gestion des personnes et du temps, émergent. Mais, loin des phases finales et des titres, la vraie récompense se joue souvent tard, au club-house : quand les joueurs sont partis, certains refont le monde, et d’autres, dans l’ombre, rangent et passent le dernier coup de balai. Tous ceux qui font vivre la passion ovale.
Partout en France, dans les 1 796 clubs, les scènes se répètent : bénévoles engagés et investis au quotidien. Et lors d’événements exceptionnels – phases finales, déplacements éliminatoires, forums, anniversaires ou concerts –, ils donnent encore plus. Exemple avec le RC Auch lors de la dernière Journée des finales féminines dans le Gers.
Combien ont manqué, totalement ou en partie, anniversaires, baptêmes, mariages, week-ends prolongés ou simplement un peu de repos pour se donner aux autres ? À Auch, dans le Gers, l’organisation de la dernière Journée des finales féminines a particulièrement marqué les esprits. Par une chaude journée estivale, 140 bénévoles en t-shirt bleu ciel ont œuvré du matin jusqu’au soir. Sur deux terrains et une zone d’échauffement, six finales ont mobilisé près de 12 équipes avec leurs staffs, sans oublier familles, supporters et officiels.
Responsable communication, coordination et événementiel du RC Auch, Caroline Delclaux fait partie de la dizaine de personnes salariées ou en lien contractuel avec le club qui encadre le bénévolat ; elle livre immédiatement la clé de la réussite : « Dans le Gers, les bénévoles font preuve d’un engagement exceptionnel, toujours disponibles et motivés. La clé, c’est de les informer tôt et de bien s’organiser. Nous organisons aussi des réunions pour anticiper, tout en restant à l’écoute de leur quotidien afin de comprendre leurs besoins et d’adapter nos actions lors des manifestations. »
Avant l’événement, chaque pôle – médias, sécurité, billetterie, hospitalité – avait un responsable qui coordonnait les bénévoles, souvent licenciés du club rouge et blanc, via échanges directs ou WhatsApp. Sur le terrain, ils géraient l’accueil, les matchs, les buvettes et la restauration, avec un espace réservé pour eux. L’objectif : offrir une journée inoubliable aux finalistes, tout en valorisant leur engagement. « Sans eux, rien n’est possible, souligne Caroline Delclaux. On les remercie toute la saison avec repas, galette des rois et attentions, et on prend le temps d’écouter leurs conseils à chaque match. »
Parfois, en cas de manque de bénévolat, le club auscitain n’hésite pas à faire appel à des jeunes en formation dans des écoles locales. Peut-être une occasion de leur mettre le pied à l’étrier en pensant éventuellement les recruter un jour. D’autant que le RCA organise de nombreux autres événements. La saison passée, une statue en hommage à Jacques Fouroux a aussi été édifiée, les 20 ans d’un titre de champion de France ont été organisés, quand chaque année, le Tournoi des Petits Mousquetaires est un rendez-vous incontournable qui regroupe en juin des joueurs d’écoles de rugby de tout le pays pour plus de 2 000 personnes sur site.
Cette saison encore, certains chocs du championnat deviennent l’occasion de grands événements, à l’instar du dernier match de poule en avril contre Rumilly où les juniors locaux se frotteront à ceux du Canada en lever de rideau, le tout avec des bandas de Condom ainsi qu’un marché artisanal gersois ! Pour toutes ces manifestations, c’est tout le club qui est sollicité et, a fortiori, son bénévolat généreux.
Les bénévoles donnent du temps, mais aussi du talent, de l’expérience ou un savoir-faire, acquis par ailleurs. En somme, des compétences au pluriel. À Seyssins en Isère, le responsable sportif du club, Marc Andreoli, est restaurateur de profession (Le Gavroche). Forcément, les repas après les entraînements ou ceux qui encadrent les matchs du week-end ont un goût de reviens-y. « C’est un plaisir de donner à mon club de cœur », sourit-il modestement. Pour la section rugby adapté de ce même club lancé par Franck Guitton pour son fils Fabien, deux mamans de joueurs, Stéphanie Golby et Isabelle Cialdella, éducatrices spécialisées dans le privé, ont rejoint la section avec des compétences XXL en la matière.
La communication et des réseaux sociaux sont aussi devenus essentiels pour faire savoir et recruter. Dans les clubs amateurs, trois profils se détachent pour œuvrer à ce poste (de bénévole) : le jeune qualifié sortant de l’école ou en cours de formation, le parent ou joueur aussi passionné que compétent et, enfin, le bénévole travaillant déjà dans la communication ou l’informatique. Au RC Naborien, la communication et les réseaux sociaux ont été confiés à Marie Ornau, en 4e année d’études, pour qui les « refs » et autres # sont une évidence générationnelle.
Au Stade Maursois dans le Cantal, on maîtrise bien le système D. Gérant d’une entreprise spécialisée dans les charpentes et les structures d’habitation en bois, le président Rémy Seyrolle a drivé la réfection de l’ancien club-house qui fait face au stade Pierre-Fabre. Des bénévoles et jeunes du club ont prêté main-forte pour un résultat éclatant. Ailleurs, certains ex-joueurs de haut niveau ou professionnels ont choisi l’encadrement bénévole des gamins, afin de « rendre au rugby ». Gratuitement, cela va de soi. C’est le cas pour l’ancienne internationale Nathalie Amiel et ses 56 capes dans l’Hérault où elle est responsable EDR de Capestang-Puisserguier ABB XV. L’ex-deuxième ligne Jean-Marie Cadieu est proche du club amateur de L’Isle-en-Dodon, Aline Sagols (63 capes) prodigue ses conseils à l’USAP féminin quand une dizaine de joueurs pro du Castres olympique donnent de leur temps libre pour coacher les équipes de jeunes de l’association du club. Du nord au sud et d’est en ouest, c’est une addition de compétences qui font du bien au rugby amateur.