Joël Tomakplekonou : « Une nouvelle forme de bénévolat »
En charge de la valorisation du bénévolat, l’élu à la FFR se penche sur l’engagement même du bénévole et ses évolutions.
Le bénévole est-il toujours aussi dévoué depuis des années ?
Le bénévole est celui qui a du temps à offrir. On en a peut-être moins qu’avant et on s’engage peut-être un peu moins qu’avant. Pour autant, une nouvelle forme de bénévolat existe où les gens viennent un peu à la carte, souvent par gentillesse ou en soutien d’un proche qui pratique. Je pense notamment aux jeunes que l’on pourrait motiver pour un temps court, mais précieux. De nos jours, on vient plus qu’avant consommer le rugby. Pourquoi ne pas initier certains jeunes rugbymen très tôt dans le parcours à venir, sur quelques heures ou jours, à découvrir tels ou tels aspects et actions des bénévoles de son club ? Quitte à leur offrir une toute petite reconnaissance. On a intérêt à trouver des relais pour soulager ces rouages essentiels que sont les bénévoles.
Comment faire évoluer les choses ?
Je pousse afin qu’on mette en place dans les outils numériques de la FFR une communauté de bénévoles qui pourraient s’organiser un peu à la carte. De même, mettons tous les acteurs du bénévolat autour d’une table pour concrètement mettre en place des actions en leur faveur. On doit continuer de faciliter la vie des gens qui viennent au rugby gratuitement. Les connaître et savoir quels sont leurs points forts, leurs compétences à offrir au club ou au rugby. Le bouche-à-oreille permettra aussi d’accueillir de nouveaux bénévoles. J’ai été président du club de Lons-le-Saunier. Je sais combien cette tâche de direction est un vrai job aujourd’hui. Ce n’est plus possible qu’un président fasse tout sans déléguer aux bénévoles autour de lui.
Fin 2025, la FFR a été la première fédération à signer une convention avec France Bénévolat. Est-ce un point fort pour la valorisation croissante du bénévole ?
Travailler avec une telle institution permet de renforcer encore l’attachement de la FFR à ses bénévoles. On s’assoit aux côtés de France Bénévolat afin de bâtir une autre façon de faire vivre le bénévolat dans le monde d’aujourd’hui et de demain. Participer à la vie associative de sa collectivité, de sa cité, de son club est une richesse. Montrons-le et apportons aux bénévoles des outils pour qu’ils soient plus performants et que leur action ne soit pas une corvée.
Le Centre national de rugby n’a aucun secret pour lui. Jean-Charles Mascetti est chargé de mission bénévole à la FFR et là-bas, c’est lui le guide ! Présent depuis la première heure dans ce qui est devenu l’épicentre du rugby français, il connaît chaque mètre carré du CNR. Son histoire personnelle est elle aussi imprégnée des murs de Marcoussis, il aime la raconter dans les visites qu’il anime.
Nous sommes un mardi matin d’hiver au CNR. Une école primaire a fait le déplacement pour une heure trente de visite des lieux avec le spécialiste de l’exercice, Jean-Charles Mascetti. Président de l’AS Marcoussis Rugby très jeune, il est aujourd’hui chargé de mission bénévole à la FFR ; il symbolise à ce titre l’engagement durable au service du rugby français. En effet, il a mis en place plusieurs actions tout au long de son parcours pour renforcer la présence et la reconnaissance des bénévoles au sein des structures fédérales.
Parmi ces projets : la création d’une « brigade des bénévoles », composée d’une quinzaine de personnes au Centre national de rugby à Marcoussis, chargée d’ouvrir le site fédéral à des publics variés (écoles de rugby, clubs, milieux scolaires, entreprises, etc.). Quand il présente aux visiteurs la salle de musculation, le terrain synthétique abrité, les terrains d’entraînement surélevés ou encore les vitrines de souvenirs, Jean-Charles ne peut pas s’empêcher de raconter des anecdotes de chaque lieu arpenté, comme cet étang artificiel construit pour que les internationaux se divertissent par la pêche, Roselyne Bachelot qui participe à une mêlée lors d’une inauguration, la signature ici même des accords de Marcoussis pour réconcilier une Côte d’Ivoire déchirée…
Chacune de ses prises de parole captive ses visiteurs. À la fin de la visite, ce sont forcément des anecdotes amusantes qui restent dans leur esprit. « Si tu ne connais pas d’anecdote pour présenter une salle de musculation, ce ne sera qu’une simple salle de musculation, assure Jean-Charles Mascetti. Cela permet de mieux s’approprier le lieu. » On pourrait dire que ce sexagénaire fait partie des murs du CNR, mais cela ne serait pas tout à fait exact. Il connaissait ce lieu bien avant.
Dès les années 1970, ce maraîcher de formation cultivait déjà ces terres et ses champs de dahlias avec ses grands-parents qui louaient un bout de terrain sur ce domaine chargé d’histoire. Aujourd’hui, au-delà de l’ouverture de la Maison du rugby au public, Jean-Charles est profondément attaché à la transmission de cette mémoire : « Quand nous louions ces terres pour notre fermage, j’ai connu un château entier, magnifique. Je l’ai vu se dégrader, puis être pillé et enfin rasé. Je veux que les gens prennent conscience qu’ici, il y a une histoire. »
Jean-Charles Mascetti était aussi là dans les années 1990 qui ont vu le rugby devenir professionnel. La FFR a alors besoin d’un lieu moderne, permanent et entièrement dédié à la préparation des équipes nationales, dans un contexte où les stages se font sans infrastructure fixe. Un de ses joueurs, du club de rugby de Marcoussis qu’il préside à l’époque, lui parle alors de cet appel d’offres, et le locataire qu’il est toujours reste en éveil : « Un dossier a été monté conjointement avec la mairie de Marcoussis. Quand le comité de sélection est venu, ils ont directement adoré l’endroit. » Et l’histoire d’amour entre le XV de France et Marcoussis était lancée.
Comment oublier aussi ce jour de passage de la flamme olympique en 2024. Ce moment où il a encore plus lié son histoire à ce lieu, en demandant en mariage, flamme olympique à la main, sa femme. « Elle n’était pas au courant et c’était peut-être la seule face à des tribunes garnies de gens que l’on connaissait. Il y avait avec moi Olivier Thomas, le maire de Marcoussis, Jordan Roux, vice-président chargé des territoires à la FFR, ou encore Doriane Domenjo, arbitre internationale qui était ma témoin de mariage… C’était magnifique ! Et nous nous sommes mariés ici. »
Animé par l’envie de rendre à ce lieu ce qu’il lui a apporté, ce bénévole depuis quarante ans accueille chaque année près de 16 000 personnes au CNR, entouré de sa brigade de bénévoles. Conscient de l’importance de faire naître des vocations chez les plus jeunes, il veut partager ce « joyau » qu’est le Centre national : « Voir les enfants repartir avec le sourire, c’est l’essentiel. La maison du rugby doit appartenir à tous. »
Au fil de ses rencontres avec les clubs et les acteurs du rugby amateur, un mot revient inlassablement : « famille ». Un terme largement utilisé par dirigeants, joueurs et bénévoles pour décrire l’esprit, les valeurs et l’identité de leur club. Et, dans bien des structures, cette dimension dépasse même le simple qualificatif.
Combien de rugbymen transmettent la passion du ballon ovale et l’engagement associatif à leurs enfants ? Combien de parents passent leurs diplômes pour accompagner leurs enfants de catégorie en catégorie ? Combien de fratries, cousins ou parents choisissent de consacrer leurs dimanches au bord du pré, au sein de cette grande autre famille ? À Montmélian, les valeurs de la famille et la tradition s’allient parfaitement à celles de l’USM.
Les familles Chambon (celle de l’internationale Alexandra), Schiavon, Tardy, Trotta, Laboret, Desmartin, Forest, Tepaz ou Demartino y sont généreusement représentées. Rien que pour cette dernière, la mère est secrétaire, le père soigneur, le fils joueur et capitaine quand la fille est éducatrice, de quoi rendre le président du club savoyard, Michel Olivetto, extrêmement fier. « Dans notre club… familial, il n’y a pas de secret : les bénévoles se sentent pleinement à leur place. Chaque année, ils sont honorés autour d’un repas préparé par un partenaire et servi par les joueurs, en signe de gratitude et de partage. »
Armand, le père de l’actuel président, a redynamisé l’association après la guerre, tandis que Michel Olivetto a exercé toutes les fonctions possibles au club. Aujourd’hui, la boucle est bouclée : l’un de ses fils, Romain, est manager des séniors, et Matthieu en est le médecin.
Avec près de 600 licenciés et environ 2 500 supporters présents à chaque match, l’organisation est essentielle tout en maintenant une structure solide. « Nous disposons d’une soixantaine de bénévoles capables de préparer des repas d’avant-match pour 300 personnes, rappelle le président Olivetto. Une commission bénévoles, dirigée par Véronique Trotta, coordonne cette formidable énergie. »
Parmi eux, dans le jeu des sept familles, les Schiavon se distinguent : Raymond, dit Monmon, s’occupe des repas, tandis que Fabrice, alias Canal +, assure le rôle de cameraman de l’USM. Ici, comme dans beaucoup de clubs à travers la France, le rugby se vit souvent comme une véritable extension de la famille. Certains y découvrent aussi une famille d’accueil, recomposée ou adoptive. On y grandit, on s’y dispute, on s’y émeut, et la passion y est toujours profondément enracinée, pour des souvenirs inoubliables.
